Charlie Hebdo, 4 ans déjà

Richard Malka est un avocat médiatique. En 1992, il est chargé du dossier “Charlie Hebdo” à la relance du titre dont il est toujours le juriste reconnu. Parallèlement, ce passionné de dessin scénarise des séries de BD telles que “L’Ordre de Cicéron” et “Section nancière”. Avec “La Face karchée de Sarkozy,” “La Vie de palais” ou encore “Carla & Carlito ou la Vie de château”, il dépasse en 2016 le million d’exemplaires vendus. Son premier roman “Tyrannie” sorti en 2018, plonge les lecteurs dans une cour d’assises et dans les combats portés par ce ténor du barreau pour la laïcité et la liberté d’expression. Propos recueillis par Marie-Laurence Vieillard.

Numéro “Charlie” après-attentat

C’est le même phénomène que la manifestation. C’est le seul exemple que j’ai d’une nation réunie autour d’un tel drame, autour de la liberté d’expression, autour de la laïcité et des valeurs pour lesquellesces personnes sont mortes. Pour moi, c’est beaucoup d’émotion. Je me rappelle, heure par heure, seconde par seconde, la confection de ce numéro. On voulait qu’il sorte à tout prix. Il est sorti le 14 janvier, il n’y a pas eu d’interruption. Il est sorti comme il devait sortir : la semaine suivante. Un jour, dans très longtemps, j’écrirai. Mais là, je n’en suis pas capable. Aujourd’hui, “Charlie” se porte bien, c’est déjà un miracle. Il y a une vie avant et une vie après. Ce n’est plus la même. Pour nous, cela a tout changé. “Charlie” va bien, s’est reconstitué et je ne crois pas qu’ils se freinent sur les sujets. Après, on a tous conscience de ce qui est arrivé. Donc, on fait attention. Mais ils ne veulent pas se laisser enfermer dans une caricature d’eux-mêmes et ne veulent pas non plus devenir mono-sujet. Ils ne veulent pas se laisser enfermer mais ils ne s’interdisent rien. Ils sont seuls et ça, c’est la responsabilité de la société.

Plus personne n’ose parler

Et la liberté d’expression ne se porte pas bien du tout dans ce pays. Et pas que sur le terrain du blasphème, sur tous les terrains. Moi, je suis un féministe passionné, mais parler de la question du féminisme et de #MeToo, plus personne n’ose. C’est trop chaud. On a peur parce que les réactions sont tellement violentes qu’on ne peut plus exprimer de réserves, de nuances, de désaccords. Et il y a comme ça tout un tas de sujets où la violence verbale devient folle. Et où c’est compliqué dans le milieu où l’on vit de dire ce que l’on pense. La situation de la liberté d’expression a l’air comme cela théorique, mais c’est très concret : ça a un impact sur ce qu’est la culture, ce qui est à lire, ce qui est écrit et ça a un impact direct sur la coupure des élites et du peuple. Sur les fake news, sur le conspirationnisme.

Richard Malka

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